Problèmes psychiques

Il y à des facteurs qui contribuent à la détérioration de la santé mentale d’une partie grandissante de la population des témoins de Jéhovah (épisodes dépressifs, risque suicidaire).

Cela est souvent lié à la rupture des liens familiaux et à l’accroissement des rythmes des réunions et des exigences de performances sur le terrain exigés par la secte.

Un peu plus d’un an après mon baptême, j’ai épousé Denise, elle avait deux enfants à la maison, suffisamment zélée pour avoir mené une bonne douzaine d’études bibliques à destination, et comme j’avais moi-même un enfant, j’ai pensé que c’était une bonne chose.

Mais les enfants ont grandi, et les problèmes aussi. Sa fille, l’aînée, qui servait à plein temps, abandonna son service, et fut quelque temps plus tard exclue parce qu’elle fréquentait un garçon du «monde» Son garçon, le plus vieux, a présenté des troubles de comportement propre à l’adolescence, et il fut lui aussi exclu.

C’en était trop pour Denise, quelques mois plus tard, elle amorça une grave dépression nécessitant son hospitalisation. Comme elle présentait des troubles de comportement reliés à sa condition, elle fut aussi exclue pendant qu’elle était toujours en traitement. Dans cette même période, son fils le plus jeune, fut hospitalisé aux soins intensifs pour une hémorragie interne, et c’est dans ces conditions que nous avons été confrontés à la question du sang. Elle est exclue et malade, et moi totalement dépassé par les événements. Le support des anciens où était-il? Dans les cas d’exclusions, aucun support n’est prévu.

Les anciens savaient que Denise avait fait une tentative de suicide. Un peu après que les choses se soient tassées, l’un d’eux m’a affirmé au téléphone, que ça aurait mieux fait leur affaire, que ça se termine ainsi.

Sortir des Témoins de Jéhovah, c’est comme sortir d’un viol, en sort-on vraiment?

L’image peut sembler forte, elle est au contraire très appropriée, et même la ressemblance est frappante. Un futur témoin est progressivement dépouillé de son jugement et de ses valeurs, s’il s’agit d’un converti, il sera aussi dépouillé de sa famille et de ses amis, et ça n’est qu’un commencement. Pendant toute sa vie active, il sera pris en otage, lié à l’organisation par tout un ensemble de doctrines qui suscitent la crainte : l’exclusion, la liste est longue. Il sera abusé, utilisé, reniera ses opinions et son droit de les exprimer, il réprimera sentiments et émotions par crainte d’être pris en défaut et battu davantage, et lorsque le viol sera consommé on l’abandonnera sur le bord de la route, vidé de lui-même comme une dépouille ou une épave, ce viol combien de temps peut-il durer, souvent c’est toute une vie, dans mon cas 18 ans seulement, peut-être parce qu’une petite parcelle de ma conscience, a refusé de se soumettre.

Pendant l’écriture de cette lettre, je me suis dit qu’il faudrait bien, que je trouve un moyen de finir sur une note positive, mais je n’y arrive pas, du moins pas encore. Alors si vous lisez cette lettre, priez pour que je trouve la force de faire mentir ceux qui disent que la vie après les Témoins de Jéhovah, c’est pire que la mort.

«Un homme avisé en vaut deux.»

Afin d’éviter que des représailles soient dirigées, contre des personnes susceptibles d’être reconnues, les noms ont été changés, et je donne un nom que je n’utilise pas.

André.

Le témoignage du jeune Lionel

L’année 2004 commençait plutôt mal pour moi mais le pire était encore à venir. Ma mère n’a pas supporté ma dépression et le manque de soutien de la congrégation envers nous. On lui découvrit un cancer de l’utérus. Celui-ci fut mal détecté par les médecins puis mal soigné à cause du refus de ma mère de recevoir une transfusion sanguine. Elle décéda le 29 juin 2004 à la clinique.

Ma dépression ne fit qu’empirer : j’ai fait 2 tentatives de suicide dans les mois qui ont suivi. La congrégation qui, au lieu de soutenir un orphelin, m’a délaissé totalement. Ils sont tous partis en vacances comme si de rien n’était. Peu d’entre eux qui pourtant étaient des amis intimes voulurent venir à l’enterrement car mon père l’avait organisé à l’église. Une cérémonie réunissant les 2 congrégations de ma ville s’est déroulée peu après mais elle fut dénuée d’émotions et vite bouclée.

Fiancés le 14 juillet 2005. Bien entendu, je l’ai amené avec moi aux réunions et me voir en couple avec une « fille du monde » a soulevé un tollé général dans la congrégation. Je fus convoqué par les anciens à de nombreuses reprises et enfin, après m’avoir proposé d’avoir un chaperon quand nous nous voyions, (ce que j’ai refusé bien entendu), ils m’ont exclu en juin 2005. La décision a été annoncée à la salle en mon absence. Ils ont profité de mon départ en vacances pour l’annoncer.

Mes anciens amis dans la congrégation ayant l’interdiction de m’adresser la parole, m’évitent quand je les croise dans la rue. Ma tante, également témoin de Jéhovah ne m’a plus adressé non plus la parole depuis mon exclusion. Je suis seul. Je n’ai plus aucun ami, ni famille ni contact avec le monde extérieur. Je dois être suivi par un centre médico-psychologique. Autrement dit, je suis détruit de A à Z. J’ai vécu toutes ces épreuves pour rien.

Je veux mettre ce témoignage pour me soulager de ce passé difficile à porter et montrer les dégâts que peuvent faire les témoins de Jéhovah.

De Lionel, 04/2006